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Guides pratiques

Qu’est-ce que la psychomotricité ?

…trouver un équilibre corporel et psychique à partir d’expériences sensorimotrices, émotionnelles, affectives, cognitives …

Qu’est ce que c’est :


La Psychomotricité s’intéresse au développement global de la personne, aux comportements moteurs, en lien avec la vie psychique, affective, relationnelle du sujet.


Éducation, rééducation, thérapie psychomotrice, relaxation, psychothérapie à médiation corporelle, graphothérapie...autant de médiations dans la boite à outils du psychomotricien.

 A quoi ça sert :


A partir du vécu corporel du patient, le psychomotricien a comme objectifs l’équilibre psychocorporel, une plus grande autonomie dans la vie de tous les jours, une meilleure adaptation aux réalités quotidiennes et ce toujours en fonction de ses capacités et de ses goûts. Il s’agit de trouver « un » équilibre entre les fonctions motrices (la motricité) et la vie psychique, affective, émotionnelle du sujet (d’où l’importance de l’expression des ressentis).


Concrètement, le psychomotricien travaille à améliorer et la motricité globale (marcher aisément, courir, sauter, lancer/attraper un ballon ou autre objet, marcher en équilibre sur un banc, grimper ….) et la motricité fine (essentiellement manuelle et digitale : découper avec des ciseaux, jeux de pliage, colorier, dessiner, écrire, mais aussi s’habiller, lacer ses chaussures, boutonner son vêtement …) tout en se «  repérant » et en nommant l’espace environnant perçu (perception), ressenti (sensorialité), re-connu (mémorisation affective, émotionnelle, cognitive… ) : loin, prés, autour, à côté … Par contre se repérer dans le temps est un « travail » plus long et plus difficile qui se construit aussi en lien à l’histoire du sujet, histoire affective, aux interactions avec le monde des "autres", aux événements, aux ressentis des moments, des temps (notion de durée) de plaisir-déplaisir … (avant, maintenant, plus tard … quand j’étais petit … il fait nuit … demain je vais faire … tu te souviens quand ... ça c’est passé quand … raconte moi …) etc.


Les supports de médiation utilisés sont : les jeux moteurs et symboliques, les supports sportifs, la relaxation, l’expression graphique, la graphomotricité, l’expression corporelle, les massages ...

A qui ça s’adresse :


La psychomotricité s’adresse aux enfants (dont les nourrissons), aux adultes, aux personnes âgées.

Particularités des enfants présentant une anomalie du développement


Quelques pistes de réflexion :


Constat : la prise en charge de l’enfant est le plus souvent pluridisciplinaire (kinésithérapie, orthophonie, psychomotricité, soutien psychologique,…). Cette prise en charge pluridisciplinaire implique plusieurs séances par semaine qu’il importe d’organiser et de coordonner.


1ère question : la multiplication des séances hebdomadaires est-elle la « bonne »solution pour tous les enfants ?


Si elle est parfois nécessaire, il importe de tenir compte des autres prises en charge nécessaires au meilleur développement de l’enfant.


2ème question : quand cela est possible et quand elle le souhaite comment associer de façon active la famille dans le projet de soin de son enfant. Quelle place peuvent occuper les « expériences psychomotrices » initiées par les parents et intégrées au quotidien ?

Quelques exemples 


Les « babygym » sont des lieux de stimulations psychomotrices, socialisation, jeux moteurs (équilibre, trampoline…), d’épanouissement pour tous les enfants dès leur plus jeune âge.

Dans la maison


La « cuisine » est un lieu propice à toutes les stimulations psychomotrices :

Le temps du repas 


- mettre le couvert (organisation de l’espace, orientation spatiale…) le couteau à droite de l’assiette, la fourchette à gauche… même si l’enfant tarde à nommer les notions spatiales comme droite et gauche , il perçoit , mémorise et donc organise petit à petit l’emplacement de chaque élément sur une table … le dessous de plat au milieu … mais aussi les chaises autour de la table … la place habituelle et bien différenciée de chacun des membres de la famille (à côté du grand frère, ou entre papa et maman ou en face de….)


- se servir de certains plats (motricité fine, contrôle de la coordination manuelle, contrôle de l’impulsivité), dès que cela est possible servir lui-même (valorisation) à toute la famille certains plats (purée, toasts …)


- enlever même maladroitement la coquille d’un œuf dur (motricité fine et déliement digital) …


- se servir tout seul d’un verre d’eau 


- prendre(préhension), puis poserl’objet (maîtrise des coordinations en jeu et régulation du tonus musculaire)…


Mais aussi aller chercher à la demande* de papa ou maman le paquet de farine, de riz, 2 œufs, la bouteille de lait …. mettre un sucre dans une tasse (autonomie, fierté de faire et prise de confiance en soi, perception et différenciation des divers contenants/contenus et emballages…), rangement (produits alimentaires, vaisselle…), cibler un produit … en effet toutes les activités de tri sont importantes …


*dès que possible demande seulement verbale sans indication par le geste, sans montrer avec la main et l’index l’endroit où se trouve le produit.


- Ranger certains éléments de vaisselle dans le lave vaisselle, vider le linge de la machine via la bassine, participer à étendre le linge sur un étendoir à sa portée ...


Une autre pièce « la salle de bain » :

L’eau


- le temps du bain ou de la douche - jouer dans l’eau, expérimenter les objets-jouets qui « coulent »,ceux qui « flottent », jeux de transvasement d’un contenant à l’autre, prise de conscience du corps global et différencié (le pied, la jambe ….)…expériences sensorimotrices associées au plaisir et aussi à la nécessité de se laver … différencier les produits (savon pour le corps, shampooing pour cheveux, dentifrice … dévisser/revisser…)

Mais aussi … jouer 


Jouer avec des tissus dont l’enfant s’enveloppe, qu’il pose sur sa tête, envelopper poupon ou autre jouet avec un tissu … un lacet, plus tard tenter un nœud simple, favoriser les jeux de déguisement, accessoires (élastiques, foulards, tissus…) dont il va se couvrir-découvrir, se regarder dans une glace jouer avec son image pour mieux organiser et intégrer le schéma de son corps (schéma corporel et image du corps).


Jouer aux cartes et surtout laisser l’enfant distribuer les cartes (développement de la pince pouce-index), jeux de kapla, de construction … importance du « papier » : le froisser, le plier, le découper, le déchirer…


Passer dans un tunnel, cacher un objet/jouet, se cacher, fermer les yeux même en « trichant », jouer à se faire peur, re-trouver le jouet, l’autre avec qui il joue (jubilation, plaisir, « encore » dit l’enfant).La motricité de l’enfant se construit aussi dans la relation à l’autre et s’organise aussi (espace/temps/schéma corporel…) dans la relation à, aux autres .


Bien sûr, les comptines à gestes « captent » la curiosité et l’attention auditives dans une activité qui sollicite le langage corporel, gestuel.


Dès que l’enfant arrive à exprimer un goût pour une activité particulière (bricolage, cuisine, jeu…) il semble indispensable de s’appuyer sur ce goût, de s’en servir comme outil d’expression, de valorisation, d’autonomie, de stimulation psychomotrice.


-Se repérer dans le temps : d’une façon générale, l’enfant a besoin qu’on lui explique, qu’on lui rappelle avant ce qui va se passer après.


On peut aussi dessiner s’il ne sait pas lire, et/ou écrire sur une feuille appliquée sur un mur l’emploi du temps de chaque jour de la semaine, on peut demander à l’enfant quel dessin il veut pour désigner chaque « temps/activité » de tel ou tel jour de la semaine … ce panneau peut être consulté avec un parent autant que nécessaire.


Sur le temps de son histoire à lui l’enfant, histoire qu’il doit « s’approprier », rien ne vaut le récit « répété » par les parents de l’album de photos depuis sa naissance, l’enfant en général ne se lasse pas de ce récit, raconté comme une histoire qui est la sienne.

A l’extérieur


- les promenades en famille : marcher en équilibre sur les bordures, jouer à marcher en arrière, tricycle/vélo/machine à pédales ... petits tours de poney, traverser/contourner de petits obstacles naturels (flaques d’eau, buissons, sous bois, barrières végétales …)


- une activité essentielle si l’enfant ne peut bénéficier d’un babygym : le trampoline(équilibre postural/maîtrise des coordinations globales … expérience de sensorimotricité par excellence) plaisir assuré et surtout « même pas mal », expérimenter les chutes sur le dos, de côté, ventre, couché, genoux … et debout sur ses 2 pieds


- bien sûr les pataugeoires de piscine en été, piscine de balles, les jeux des jardins publics avec toboggan … les manèges …


- en voiture, sur un itinéraire court et quotidien, demander à l’enfant d’indiquer à sa façon, avec ses mots, « dis-moi par où je passe pour aller à la maison » (orientation spatiale, mémorisation, représentation mentale de l’espace …). Faire participer l’enfant à la « lecture  » de quelques panneaux de conduite : feu rouge=stop/vert=je passe ou je démarre … le panneau STOP …, toujours dans une relation ludique, on ne fait pas l’école, on ne passe pas « en force », on s’amuse.


- mais aussi… à la boulangerie, au supermarché, à la pharmacie ... au bac à sable, à la plage, chez le dentiste, au marché, en « attaquant » un escalier, un escalator …

Deux règles d’or :


- le plaisir autant du côté des parents que du côté de l’enfant, les parents ne se transforment pas en rééducateurs, ils restent les parents, et le temps passé en famille reste un temps de plaisir, d’échange, le temps du « vivre en famille »


- ne pas mettre l’enfant en situation d’échec. Proposer à l’enfant des situations/activités qu’il est en mesure de réussir, ce qui suppose que l’on a su repérer les compétences et les limitesde son enfant.


Jacqueline SARDA, Psychomotricienne, CHU TOULOUSE

Mis à jour le 25 mai 2016