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Guides pratiques

Syndrome de Stickler

Rédacteurs :
Dr Patricia BLANCHET, CHU MONTPELLIER
Pr Pierre SARDA, CHU MONTPELLIER

 

Aspects médicaux

Prise en charge médicale et surveillance d’un patient atteint d’un syndrome de Stickler

Le syndrome de Stickler, aussi appelé syndrome de Marshall-Stickler est une maladie génétique héréditaire avec une incidence de 1/7000 à 1/9000 naissances. Cette pathologie est principalement caractérisée par une atteinte osseuse entrainant un retard de croissance, des atteintes ophtalmologiques, auditives et des malformations du palais (fente palatine). Il s’agit d’une affection très variable cliniquement conduisant à un retentissement variable sur la vie quotidienne des personnes atteintes.

Hérédité et génétique

Ce syndrome est dû à des mutations situées sur certains gènes. Il existe 6 gènes identifiés et mis en cause dans la maladie à l’heure actuelle. Ces gènes sont COL2A1, COL9A1, COL9A2, COL9A3, COL11A1 et COL11A2 situés sur des chromosomes différents. Ils permettent la fabrication de protéines, les collagènes II, IX et XI, essentielles dans l’élaboration des tissus de l’organisme. Il existe actuellement 6 types de syndromes de Stickler en fonction de l’anomalie génétique responsable de la maladie. Le type 1 est le plus fréquent et correspond à 80% des cas. Il est dû à des mutations dans le gène du collagène COL2A1. Environ 10 à 15%, sont liés à des mutations du collagène COL11A1 (type 2). Les autres types sont plus rares : type 3 (COL11A2), type 4 (COL9A1), type 5 (COL9A2) et type 6 (COL9A3).

Il existe plusieurs modes de transmission de ces mutations.
La plus fréquente est autosomique dominante (90% des cas). Cette hérédité est retrouvée pour les types 1, 2 et 3 de la maladie. Ce qui veut dire que si l’un des deux parents est atteint de la maladie il pourra la transmettre à 50% de ses enfants, quel que soit le sexe de l’enfant. Dans certaines situations, la mutation est non héritée (aucun des 2 parents n’est atteint). On parle alors de néo-mutations sur les gènes codant pour les collagènes.
Les types 4, 5 et 6 se transmettent sur le mode autosomique récessif. Dans ce mode d’hérédité, les parents sont porteurs d’une mutation sur un de leurs deux gènes de collagène mais ne sont pas malades. L’expression d’un seul gène muté n’est pas assez forte pour entrainer la maladie. Cependant si chacun des deux parents donne à un enfant leur gène muté, cet enfant ayant hérité de deux gènes mutés sera obligatoirement malade. Les enfants qui auront hérité soit d’un seul gène muté soit d’aucun gène muté seront obligatoirement non malades.

La maladie

Les patients atteints du syndrome de Stickler peuvent avoir plusieurs pathologies :

Un retard de croissance le plus souvent de début postnatal mais parfois de début anténatal. Sur le plan radiologique, les patients présentent une dysplasie spondyloépiphysaire associant une platyspondylie et une dysplasie épiphysaire de degré variable. Il existe de ce fait une extrême variabilité inter et intra familiale de la croissance ne permettant pas de prévoir un pronostic final de taille. Il existe également une hyperlaxité articulaire et une prédisposition à l’arthrose précoce.

Les manifestations craniofaciales observées dans ce syndrome sont une hypoplasie de l’étage moyen, une protusion des yeux, une hypoplasie des os propre du nez, un microrétrognathisme et parfois une fente palatine. La fente palatine est présente chez 60 % des personnes portant la mutation sur le gène COL2A1.

Sur le plan ophtalmologique, les patients présentent une myopie congénitale modérée à sévère souvent non évolutive. Des anomalies du vitré et une cataracte congénitale peuvent également être observées. La gravité de l’atteinte ophtalmologique est liée au risque important de décollement de rétine qui est corrélé au degré de myopie du patient.

Sur le plan auditif, les patients porteurs de ce syndrome peuvent présenter une surdité d’apparition progressive et qui n’est que très rarement congénitale. Le plus souvent, il s’agit d’une surdité de perception. Le déficit auditif peut être également mixte avec une surdité de transmission due à des problèmes d’otites liés au dysfonctionnement palatin ou à l’anomalie des osselets.

D’autres anomalies sont décrites, telles qu’une atteinte cardiaque à type de prolapsus mitral ou de crises de tachycardies transitoires.
Le diagnostic de syndrome de Stickler peut se faire en période anténatale. Le fœtus peut présenter des anomalies qui font penser à ce diagnostic sur les échographies. Cependant, le diagnostic sera le plus souvent évoqué à la naissance ou plus tard chez un enfant ou même découvert tardivement à l’âge adulte du fait de la très grande variabilité clinique.
Dans le cadre d’une demande de conseil génétique une étude de génétique moléculaire peut être réalisée. Il lui sera proposé un diagnostic prénatal ou préimplantatoire après acceptation de l’indication par le Centre Pluridisciplinaire de Diagnostic Prénatal (CPDP) pour la personne qui ne souhaite pas avoir un enfant atteint de la même maladie.

Au moment du diagnostic l’examen cherche à faire le point des problèmes médicaux qu’il faut prendre en charge.

Les conséquences de l’altération de la fonction des collagènes II, IX XI, sont en grande partie connues. Certaines peuvent être traitées (médicalement ou chirurgicalement) mais d’autres nécessitent une prise en charge précoce telles que pour les difficultés de langage consécutives aux troubles auditifs et les malformations du palais. Enfin certaines apparaitront avec le temps et il sera alors très important d’en surveiller l’apparition pour les prendre en charge le plus vite possible pour en diminuer la gravité.

Bilan des malformations congénitales

Rechercher des anomalies oculaires et demander un avis chez un ophtalmologue. Le suivi ophtalmologique est fondamental dans cette maladie.

Dépister des troubles auditifs dès la naissance et rechercher des malformations de l’oreille interne et moyenne. Faire un suivi ORL régulier la première année de vie.

Rechercher des malformations cranio-faciales : fente palatine…

Rechercher un retard de croissance et vérifier si une pathologie osseuse est présente, par la réalisation d’une radiographie du corps entier avec une bonne visualisation du rachis et des articulations.

Compléter le bilan par la réalisation d’une échographie cardiaque, abdominale, rénale, cérébrale.

Bilan des anomalies biologiques

Etude en génétique moléculaire avec recherche spécifique des mutations dans les gènes connus pour être impliqués dans la maladie. L’étude génétique peut aussi être étendue si nécessaire aux 2 parents.

Numération formule sanguine avec numération plaquettaire.

Bilan phosphocalcique.

Surveillance

Toute anomalie mise en évidence lors du bilan initial doit être prise en charge par l’équipe médicale spécialisée.
La surveillance générale sera programmée par le pédiatre puis par le médecin de famille avec la famille en fonction des problèmes médicaux rencontrés.
Les enfants avec un syndrome de Stickler ont des difficultés très spécifiques, en particulier auditives et visuelles, qui peuvent entrainer des troubles du langage, et d’autres difficultés qui peuvent perturber le développement psychomoteur. Chacune de ces particularités doit être repérée et prise en charge précocement de manière spécifique afin d’offrir la meilleure qualité de vie à l’enfant et au futur adulte atteint du syndrome de Stickler.
Il est recommandé de ne pas pratiquer d’activités sportives qui comportent des risques de traumatisme oculaire ou articulaire. Cependant les activités physiques d’entretien sont fortement recommandées.

Centre de référence des anomalies du développement et syndromes malformatifs : pour le diagnostic et la coordination des prises en charge à tout âge de la vie
Hôpital Arnaud de Villeneuve
Département de génétique médicale
371, avenue Doyen Gaston Giraud
34295 Montpellier cedex 5 - CHRU de Montpellier
Tel. : 04 67 33 65 64

Cardiopédiatrie
Hôpital Arnaud de Villeneuve
Département de Pédiatrie (Pôle Enfant)
371, avenue Doyen Gaston Giraud
34295 MONTPELLIER cedex 5 - CHRU de Montpellier
Tel. : 04 67 33 66 43

Chirurgie orthopédique et plastique infantile : pour les malformations du palais et les problèmes orthopédiques
Hôpital Lapeyronie
Département de chirurgie infantile (Pôle Enfant)
371, avenue doyen Gaston Giraud
34295 MONTPELLIER cedex5 - CHRU de Montpellier
Tel. : 04 67 33 87 65

ORL pédiatrique : pour la surveillance des infections ORL et des troubles de l’audition
Hôpital Gui de Chauliac
Département ORL et chirurgie cervico-faciale (Pôle Neurosciences Tête et Cou)
80, avenue Augustin Fliche
34295 MONTPELLIER cedex5 - CHRU de Montpellier
Tel. : 04 67 33 68 04

Ophtalmologie pédiatrique
Hôpital Gui de Chauliac
Département d’ophtalmologie
80, avenue Augustin Fliche
34295 Montpellier cedex 5 - CHRU de Montpellier
Téléphone : 04 67 33 71 68

De 0 à 5 ans

Consultations pédiatriques régulières aux dates fixées par le pédiatre. Croissance staturale et pondérale. Alimentation : recherche de troubles de la déglutition, de dysphagie, de reflux gastro-œsophagien, d’apnées obstructives, constipation. Une consultation avec un gastro pédiatre serait nécessaire si un de ces troubles était rencontré. Examen neurologique. Examen orthopédique (laxité articulaire, statique vertébrale : scoliose).
Consultations d’ophtalmologie avec un suivi spécifique chaque année en fonction des pathologies retrouvées (cataracte congénitale, décollement de rétine …).
Surveillance des pathologies ORL (otites) et vélaires (voile du palais court ou hypotonique). Les consultations avec un médecin ORL doivent être répétées tous les 6 mois pendant les premières années de vie.
Développement psychomoteur, s’assurer que la famille est en lien avec les équipes de prise en charge médico-éducatives et sociales et psychologiques : CAMSP, CMP, intervenants en libéral (orthophonistes, psychomotriciens, ergothérapeute, …), MDPH ou autres.
Surveillance du développement du langage et prise en charge spécifique (médicale et orthophonique).
Examen et soins dentaires (possible malocclusion dentaire nécessitant des soins orthodontiques).
Vaccinations habituelles.
Autres consultations de médecin spécialiste en fonction des pathologies existantes (chirurgie pédiatrique du palais, cardiologie, immunologie, endocrinologie, néphrologie…). Aide par psychologue si besoin.

Examens complémentaires

Bilan auditif et ophtalmologique. Radiographies du rachis et des grosses articulations. Examen dentaire.
Surveillance clinique : croissance, alimentation, troubles de la déglutition, vision, audition, OPH, infections ORL, troubles phonatoires et du langage, anomalies cardiaques, apnées du sommeil.

De 5 ans à 12 ans

• Consultations médicales régulières avec croissance staturale et pondérale (IMC pour éviter le surpoids pour diminuer les contraintes articulaires), surveillance du développement du langage et prise en charge spécifique (médicale et orthophonique). Examen neurologique. Examen orthopédique (articulations, statique vertébrale : scoliose).
• Consultations d’ophtalmologie chaque année. Les atteintes sévères de la rétine apparaissent souvent à partir de 10 ans. Orthoptie.
• Surveillance des pathologies ORL et de l’audition (consultations annuelles).
• Examen et soins dentaires, orthodontie.
• Aide psychologique si besoin.
• Vaccinations habituelles.
• Autres consultations de médecin spécialiste en fonction des pathologies existantes (chirurgie pédiatrique du palais, orthopédie pédiatrique, cardiologie…).
• S’assurer de la bonne prise en charge de la famille par les structures spécialisées (CAMSP, SESSAD, MDPH…) et d’une bonne intégration scolaire.

Examens complémentaires

Bilan hématologique. Examen OPH, ORL, audition. Radiographies squelette.
Surveillance clinique : poids, troubles de la déglutition, ophtalmologie, audition, infections ORL et respiratoires, troubles de l’acquisition du langage, anomalies cardiaques, orthopédie.

De 12 ans à l’âge adulte

• Consultations médicales régulières. Croissance staturale et pondérale, IMC (attention au surpoids). Surveillance du langage et prise en charge spécifique (médicale et orthophonique). Examen neurologique. Surveillance des problèmes orthopédiques (statique vertébrale).
• Surveillance ophtalmologique chaque année. Orthoptie. Les atteintes sévères de la rétine apparaissent souvent entre 10 et 30 ans.
• Surveillance des pathologies ORL et vélaires.
• Examen et soins dentaires, orthodontie.
• Vaccinations habituelles.
• Consultation avec un professionnel spécialisé dans l’adolescence, psychologue, infirmière scolaire ou un gynécologue spécialisé.
Autres consultations de spécialiste en fonction des pathologies existantes (ORL, cardiologie, neurologie, psychologue).
• S’assurer que la famille ou la personne est en lien avec les équipes de prise en charge médico-éducative, sociale et psychologique : CMP, CMPP, SESSAD, intervenants en libéral si scolarité en milieu ordinaire, IME, MDPH….) Scolarité.

Examens complémentaires

Bilan hématologique. Radiographies du squelette. Audition, OPH.
Surveillance clinique : alimentation, poids, audition, ORL, ophtalmologie, troubles du langage, acquisitions scolaires, orthopédie.

A l’âge adulte

• Consultations médicales régulières ; examen clinique physique. Chez l’adulte, l’hyperlaxité tend à disparaître pour laisser la place à des raideurs articulaires, une arthrose et des douleurs. Une prévention de ces pathologies doit être mise en place précocement.
• Consultations d’ophtalmologie.
• Surveillance de l’audition. Un déficit auditif sévère peut apparaître à partir de 40 ans.
• Surveillance des risques particuliers : apnées du sommeil.
• Consultations ORL.
• Soins dentaires.
• Consultation avec gynécologue spécialisé pour les femmes.
• Autres consultations de spécialiste en fonction des pathologies existantes (cardiologie …)

Examens complémentaires

Radiographies du rachis et des articulations, si besoin. OPH, ORL.

Surveillance clinique : ophtalmologie, audition, apnées du sommeil, gynécologie, intégration sociale et professionnelle.

 

Paramédical

Prise en charge non médicale d’un patient atteint du syndrome de Stickler.

La prise en charge paramédicale démarre dans les premiers mois de vie de l’enfant. Celle-ci implique :

• Des séances d’orthophonie qui peuvent commencer dès les premiers mois de vie. Elles ont pour but de lutter contre l’incompétence vélo-pharyngée et les anomalies articulatoires. Elles précèdent toujours et préparent à une éventuelle chirurgie afin de favoriser une meilleure acquisition du langage.
• Des séances de kinésithérapie dès la première année de vie peuvent être nécessaires afin d’améliorer les acquisitions motrices de l’enfant. Elles permettent d’assurer une meilleure motricité en prenant en charge la laxité ligamentaire (exercices proprioceptifs et renforcements musculaires par exemple).
• La psychomotricité permet d’aider l’enfant à compenser les troubles de la vision et de sa motricité fine gênée par la laxité exagérée des articulations. Ces prises en charge sont particulièrement importantes pour de meilleures acquisitions scolaires.
• L’ergothérapie peut être proposée par les structures de prise en charge telles que le CAMSP ou le SESSAD. L’ergothérapeute intervient en milieu scolaire pour proposer une adaptation du matériel scolaire aux difficultés de l’enfant.
• L’intervention d’une assistante sociale est fondamentale pour le soutien des parents lors de leurs démarches administratives (dossiers MDPH, …).
• Association de patients.

La prise en charge est pluridisciplinaire, elle doit être poursuivie pendant l’enfance et l’adolescence. Elle sera d’autant plus efficace qu’un partenariat s’installe entre les parents, les différents professionnels médicaux, paramédicaux, les assistantes sociales, les psychologues et les professionnels de l’Education Nationale.

A l’âge adulte, la prise en charge doit se poursuivre de manière orientée
• Soutien psychologique souvent nécessaire.
• Adaptation du poste de travail afin de limiter la sollicitation des articulations.

 

Suivi


0 à 5 ans PDF - 326.8 ko
5 à 12 ans PDF - 323.2 ko
12 ans à l’âge adulte PDF - 326.6 ko

 

Références

En français :
Le syndrome de Stickler. Article pour tout public. Orphanet : Syndrome de Stickler

Le syndrome de Stickler Arthro-ophtalmopathie héréditaire progressive Encyclopédie Orphanet du handicap . [PDF]Le syndrome de Stickler - Orphanet

Le syndrome de Stickler Information pour les patients et leur famille. Le syndrome de Stickler - Wagner syndrome

En anglais :

Robin NH, Moran RT, Ala-Kokko L. Stickler Syndrome (article du site internet geneReview). Stickler Syndrome - GeneReviews® - NCBI Bookshelf

Acke FR1, Dhooge IJ, Malfait F, De Leenheer EM. Hearing impairment in Stickler syndrome : a systematic review. Orphanet J Rare Dis. 2012 Oct 30 ;7:84

Sites internet

Orphanet : Syndrome de Stickler

Amérique : Stickler Involved People :

Angleterre
https://stickler.org.uk/

Mis à jour le 17 janvier 2017